FFME iMag - Le magazine de la Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade - 4 : Mars 2015

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4-dossier-Damien-You.jpg Damien You.
4-dossier-photos-entrainement.jpg Séance d'entraînement basée sur l'ouverture sur le pôle d'Aix-en-Provence
4-dossier-OUverture-echelle.jpg Ouverture au pôle France de bloc, à Karma.
4-dossier-echelle-de-cotations.jpg Ouverture en fonction des codes couleurs.
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Un fabuleux outil de progression

Ouvrir pour s'entraîner

Du côté du haut niveau


Les entraîneurs nationaux sont bien conscients de l’intérêt de faire ouvrir des athlètes, même au plus haut niveau, en complément de blocs et voies ouverts spécifiquement par des ouvreurs. A Voiron, Aix-en-Provence et Fontainebleau, des séances « d’ouverture » sont régulièrement organisées. Ainsi, de manière ludique, les athlètes ouvrent et essayent les créations des autres. Outre le renforcement de la cohésion d’une équipe qui se créé lors de ce type de séance, l’ouverture est un formidable outil de progression. « D’un point de vue tactique, savoir ouvrir et se mettre dans la peau de l’ouvreur, aide considérablement à la lecture en compétition, affirme Jacky Godoffe. Le grimpeur va mieux comprendre ce que l’ouvreur propose comme style, il va raisonner de la même manière, et trouver plus facilement une méthode ! Cela va également permettre de démystifier l’ouverture, de dédramatiser. Certains athlètes en ont presque peur… Ouvrir les aide à comprendre comment ça marche, et de comprendre beaucoup de choses sur soi-même. Comme ils se sont déjà posés les questions de l’ouverture, dès qu’ils voient quelque chose de dessiné sur un mur, ils ont déjà des éléments de réponse ! »


Du côté des entraîneurs


Il semble évident qu’un moniteur et/ou un entraîneur ne peut pas se contenter des voies qui sont en place sur sa structure (bien souvent pour plusieurs mois sur les petites SAE). S’il n’a pas forcément le temps ni les moyens d’ouvrir des voies et des blocs de manière formelle (en vissant des prises), il peut, et a tout intérêt, à créer sans cesse des voies, avec ou sans scotch. Des voies qu’il ne va pas essayer systématiquement pour vérification, créées qui sont créées en quelques minutes en début de séance, pendant l’échauffement des athlètes par exemple.

La voie ne sera certainement pas parfaite,mais peu importe, l’entraîneur s’améliorera au fil des séances. Il ne faut pas oublier que les voies parfaites sont plutôt rares, même en compétition ! En revanche, par ce biais, il fera régulièrement travailler le « à vue » à son équipe, permettra de développer des qualités de visualisation utiles en escalade et créera une nouvelle voie à essayer. C’est un exercice qui nécessite un peu d’apprentissage et un certain nombre de prises en place. Mais ça vient très vite et c’est en pratiquant qu’on s’améliore !


L’ouverture, à mettre en place au plus tôt


A moindre niveau, il est essentiel de comprendre que l’ouverture fait partie intégrante de la formation d’un grimpeur.


Pour déchiffrer une voie ou un bloc

Ouvrir permet d’être malin dans la lecture d’une voie. Quelqu’un qui a l’habitude d’ouvrir sait déchiffrer une voie. Il se projette dedans avec plus de facilité, et est plus à même de trouver les meilleures solutions, voire les ruses, qui lui permettront d’aller jusqu’au sommet du bloc ou de la voie. Il aura probablement différents scénarios pour certains passages, s’il y a une boucle dans une voie, il cherchera certainement à voir s’il est possible de la shunter, en clair plus de choix s’offrent à lui. Et pour cela, il est impératif de comprendre la mécanique de l’ouverture.


Ouvrir pour apprendre à visualiser, et mémoriser

Savoir se projeter dans les mouvements d’un bloc ou d'une voie est capital en escalade. S’imaginer dans la voie et retenir ce qu’on a prévu avant de se lancer, avoir plusieurs options et se réorganiser dans l’action, ça n’est pas inné, ça se travaille à l’entraînement, chaque fois. L’ouverture aide à progresser dans ces domaines. Il faut savoir qu’en compétition, ou lorsque l'on est dans le rouge pour un essai dans une voie, on innove très peu. Certes, avec la pression, certains se transcendent, mais on n’invente pas, on fait avec plus de conviction et de panache des choses que l’on a déjà travaillées à l’entraînement.

Savoir se projeter et savoir mémoriser un itinéraire font partie des outils qu’un ouvreur utilise, qu’il créé un passage « juste dans sa tête », ou qu’il visse des prises ! L’ouverture oblige également à avoir une vision d’ensemble du parcours. On doit composer avec cette notion, surtout dans une voie mais pas seulement, et donc anticiper des problématiques liées à la durée de l’effort, aux variations d’intensité, au style changeant, à la variation des profils.


Ouvrir pour enrichir son répertoire gestuel

L’ouverture permet d’explorer des mouvements, d’élargir ses représentations, d’enrichir son répertoire gestuel. On peut ainsi découvrir des sensations inédites, dans un certain style que l’on pourra réutiliser plus tard. Ces mouvements viennent enrichir nos compétences. Le bloc est un peu le « laboratoire » du mouvement en escalade, la brièveté de l’effort permet une forte innovation dans la gestuelle.

On observe souvent que les jeunes et/ou les débutants sont très libres, sans préjugés, à l’inverse de certains grimpeurs aguerris, qui sont déjà dans le stéréotype. D’où l’intérêt de commencer tôt et de partager des ouvertures pour s’enrichir !


Rendre le grimpeur actif

« On se rend compte aujourd’hui, que certains grimpeurs deviennent des robots, dans le sens où ils grimpent ce qu’on leur dit de grimper. Presque aveuglément, sans réflexion. On peut très bien grimper dans des parcours bien identifiés, avec des prises de couleurs par exemple, tout en passant du temps à déchiffrer.

Si bien qu’on s’éloigne d’une des composantes essentielle de notre activité. Apprendre très tôt à ouvrir et inventer des passages, oblige à se projeter, à chercher des solutions, imaginer des possibilités, cela permet de rendre le grimpeur mentalement plus actif, plus impliqué, précise Damien You, directeur général adjoint, directeur des équipes de France et ouvreur international. Les qualités que permet de développer l’ouverture sont très importantes dans la formation du grimpeur, fondamentales pour un compétiteur, et ne pas en tenir compte est à mon sens une erreur. »


Renforcer la dynamique de groupe

Ouvrir pendant une séance renforce considérablement la dynamique dans un groupe de grimpeurs. Le fait que chacun soit libre d’ouvrir ce qu’il veut, puisse le proposer aux autres, et grimper dans leurs créations permet aux grimpeurs de s’apporter mutuellement, dans la convivialité.

« Quand on ouvre à plusieurs comme ça, poursuit Damien You, on observe souvent des grimpeurs créatifs, originaux qui imaginent des passages des plus inhabituels, et d’autres qui restent dans des choses très classiques. Cette seconde catégorie a tout intérêt à aller s’essayer dans les passages les plus insolites, pour découvrir de nouvelles facettes de l’escalade, pour aller explorer, tout en sachant que le classique n’est pas péjoratif et est également un terrain de jeux à connaître et à maîtriser. »


Conseils pratiques


Ainsi, l’ouverture est une magnifique opportunité de progression, qui devrait se travailler à chaque fois dans une séance. Apprendre à ouvrir, savoir trouver ce qui est à disposition donne plus de choix. L’ouverture lève des barrières, repousse des limites.


A l’échauffement

L’échauffement c’est se préparer pour la séance. Tandis que l’on réveille le corps, il est important de commencer à visualiser. Ainsi, si la séance est axée sur la réalisation de blocs, il est possible de demander aux grimpeurs d’en ouvrir quelques-uns, simplement mentalement, sans clé ni scotch, juste avec les prises déjà en place. Des passages qui seront essayés par tous pendant l’échauffement, ou une fois échauffés selon le niveau.

« L’ouverture de ce type, c’est à mon sens une des bases de l’escalade, explique Damien You. Ça ne coûte rien, ça fait des blocs et des voies en plus, et ça peut se mettre en place facilement, à n’importe quel niveau de pratique ! L’important pour cela est de donner des consignes claires en fonction du niveau et de l’objectif de la séance, sachant que la « beauté » d’un bloc ou d’une voie est très relative. »

On peut faire ouvrir très tôt, à partir de 10 ans ou pour des débutants pratiquants depuis quelques mois d’escalade… Les consignes ne seront pas les mêmes, mais ce sera toujours profitable.

Les consignes peuvent aller du simple, « Trouvez des prises de main pour aller de cette prise de départ à cette prise d’arrivée », pour les niveaux débutants, à des ouvertures à thème « Faites un bloc avec une compression, un jeté, une voie complexe ou avec des changements de rythme », etc.


Sur un exercice ludique pendant la séance

Plusieurs jeux d’ouverture existent, ou peuvent être inventés, et mis en place au cœur d’une séance ou d’un stage, comme une alternative à la grimpe habituelle, en ayant des objectifs précis. Par exemple, proposer une petite compétition sous un pan où la consigne serait que chaque grimpeur, d’un niveau sensiblement identique (ou pas forcément d’ailleurs), ouvre un bloc (avec les prises déjà existantes) avec pour consigne d’être le seul à y arriver, mais sans l’essayer. Puis on essaye son bloc et ceux des autres en marquant un point si on réussit son propre bloc, et deux points si on réussit ceux des autres ! On peut également faire des variantes de parcours existants : du bas on change une partie d’une voie connue et on tente l’enchaînement sans essayer au préalable, cela va nécessiter de réfléchir à ce qui est possible du bas (comme pour une observation) et éventuellement à se réorganiser dans la voie (surtout si c’est un autre qui nous indique les prises au dernier moment avant de partir).


Week-end ouverture

Le cran au-dessus en termes d’organisation consiste à faire des « week-ends ouverture », de manière assez régulière (mensuel, tous les deux ou trois mois), avec un groupe d’entraînement ou de grimpeurs motivés. L’occasion de renouveler les voies et les blocs tout en apprenant vraiment, en manipulant le matériel,et en restant dans le domaine du ludique et du partage. Le tout devra bien évidemment être piloté par un ou plusieurs encadrants (entraîneur, ouvreurs, …) qui s’assureront que les consignes de sécurité sont bien respectées et qui pourront organiser l’ouverture.

« Je me rappelle de ces week-end d’ouverture, quand j’étais moi-même un athlète. Ils étaient organisés au sein de notre équipe de compétition avec d’autres grimpeurs du comité départemental qui avait la gestion du mur, continue Damien You. Chacun à son niveau inventait des voies, ça nous obligeait à nous creuser la tête, et après, on se faisait une bonne séance en essayant les voies entre nous. On avait besoin de renouveler régulièrement les voies, c’était également une demande des autres utilisateurs. Alors, nous nous sommes pris en main, et on ouvrait nos voies, mais aussi celles destinées aux grimpeurs moins forts. L’entraîneur a impulsé la dynamique et nous a donné les bases au début, et très vite, nous avons eu envie de continuer. Ça fonctionnait très bien et certains ont fait plus tard des formations d’ouvreur. C’était important, aussi bien pour la vie du club, que dans le cadre de notre progression en escalade, sachant que les moyens des clubs utilisateurs et du comité ne permettaient pas de payer des ouvreurs. Ouvrir, aménager notre terrain de jeux, fait partie intégrante de notre activité, et nous avons tendance, aujourd’hui, à l’oublier. »

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